ARETHA FRANKLIN
Aretha Franklin est née le 25 Mars 1942 à Memphis, Tennessee, Fille du Révérend Clarence LaVaughn Franklin, prêcheur de la New Salem Baptist Church, et de son épouse Barbara, elle a deux frères, Vaughn et Cecil, et deux sœurs, Emma, Carolyn. La famille vit tout d’abord à Buffalo, puis s’installe dans un quartier défavorisé de Detroit, Michigan.
Après la séparation de ses parents, alors qu’elle a 6 ans, Aretha est élevée par son père, ce qui lui permet de grandir dans un environnement très riche sur le plan culturel. En plus d’apprendre dès son plus jeune âge le piano et de chanter du Gospel dans l’église de son père, la New Bethel Baptist Church, elle a la chance de voir fréquemment chez elle quelques relations du Reverend telles que Mahalia Jackson, Clara Ward, James Cleveland ou Sam Cooke. Ce milieu ambiant stimule sa vocation, et elle enregistre son premier disque de Gospel à 14 ans. De 56 à 60, elle enregistre ainsi plusieurs disques pour JVB et Checker.
En 60, elle part s’installer à New York pour tenter de s’y faire sa place. Là, elle rencontre John Hammond qui l’engage pour Columbia Records. Malgré quelques petits succès comme « Running Out Of Fools » en 64 et « Cry Like A Baby » en 66, Columbia ne saura jamais tirer parti du talent de la chanteuse. Après avoir essayé à peu près tous les styles en une douzaine d’albums infructueux, Aretha décide en 66 de ne pas renouveler son contrat.
Jerry Wexler l’engage alors chez Atlantic, et décide d’exploiter son talent naturel plutôt que d’en faire un simple produit. Il l’envoie enregistrer son premier album au studio FAME de Muscle Shoals en Janvier 67. Malheureusement, l’enregistrement tourne court à la suite d’une violente dispute entre le mari et manager de Aretha, Ted White, et l’un des musiciens. Seul un titre est finalement complètement enregistré à Muscle Shoads, « I Never Loved A Man (The Way I Love You )…
Peu après sa sortie, le single se classe numéro 1 des R&B charts et le reste durant 7 semaines. Les ventes dépassent le million d’exemplaires, Aretha et Ted White décident alors de terminer à New York l’enregistrement de « Do Right Woman – Do Right Man », resté inachevé à la suite de la mésaventure de Fame.
Aretha enregistre également en Février 67 une version sérieusement remaniée d’un titre écrit et enregistré un an et demi plus tôt par Otis Redding, « Respect ». La chanson prend alors une dimension nettement plus revendicative, s’inscrivant parfaitement dans le courant féministe et anti-ségrégationniste de l’époque. Alors que la version de Otis ne lui avait rapporté qu’un succès mitigé, celle de Aretha devient dès le mois de Mai un énorme hit qui marque à jamais sa carrière.
D’autres succès moindres s’enchaînent dans les deux années suivantes, extrait des albums « I Never Loved A Man » ou « Lady Soul ». « Baby I Love You », « Baby I Love You », « (You Make Me Feel Like) A Natural Woman », «Chain Of Fools », « (Sweet Sweet Baby) Since You’ve Been Gone », « Think », « I Say A Little Prayer »… La plupart des enregistrements de cette période sont réalisés avec les musiciens de Muscle Shoals que Jerry Wexler fait venir à New York . King Curtis tient le rôle de directeur musical, et les chœurs sont assurés par les Sweet Inspirations de Cissy Houston (mère de Whitney) et les deux sœurs de Aretha, Carolyn (qui participe aussi parfois à la composition) et Erma. Aretha, s’accompagnant généralement elle-même au piano, prend une part active à la réalisation, avec Jerry Wexler, Arif Mardin et Tom Dowd.
Consacrée « Queen of Soul », Aretha Franklin est au sommet de sa gloire. Elle est conviée à chanter lors des funérailles de Martin Luther King, et elle est la première femme noire à faire la couverture de Time Magazine. Mais, comme pour beaucoup d’artistes Soul, les années 70 constituent pour elle un passage difficile. Elle commence la décennie avec quelques hits (« Call Me », « Don’t Play That Song », « Spanish Harlem », « Bridge Over Trouble Water », “Day Dreaming”, “Angel”, “Until You Come Back To Me (That’s What I’m Gonna Do),
“I’m In Love”…) et un superbe album en public enregistré en 71, “Aretha Live at Fillmore West”. Puis elle effectue en 72 un retour aux sources avec un album de pur Gospel, “Amazing Grace”, enregistré avec le Révérend James Cleveland et son Southern California Community Choir. Mais les années qui suivent voient sa carrière décliner sensiblement. Ses choix musicaux s’orientent vers des chansons à tendance Pop peu dignes de son talent. C’est aussi à cette époque que son couple traverse une crise grave qui les mène à la séparation.
Il faut attendre le film des Blues Brothers avec sa version de « Think », en 80, pour assister au retour en force de « Lady Soul ».
Cette même année, elle quitte Atlantic Records pour signer chez Arista. Ce changement est immédiatement couronné par deux succès, « Jump To It » et « Get It Right », écrits et produits par Luther Vandross. Le début des 80’s semble plus faste pour Aretha Franklin, avec notamment le superbe album « Who’s Zoomin’ Who ? », produit par le batteur Narada Michael Walden (dont sont extrait trois hits « Freeway To Love », « Another Night », et « Who’s Zoomin’ Who ? ») et son duo avec Annie Lennox (« Sisters Are Doin’It For Themselves »).
Cette période est cependant entachée par un événement tragique : son père, qui était tombé dans le coma à la suite d’un cambriolage chez lui en 79, meurt au mois de juillet 1984, sans jamais avoir repris connaissance. Peut-être est-ce l’une des raisons qui ramènent brièvement Aretha au Gospel, lorsqu’elle sort « One Lord One Faith One Baptism » en 87.
Après un duo avec George Michael (« I Knew You Were Waiting (For Me) » qui lui vaut un nouveau Grammy Award, l’album « Through The Storm », sorti en 89, est plutôt un retour à la Soul de l’époque Atlantic, avec quelques duos énergiques (avec Elton John, Whitney Houston et James Brown) et une nouvelle version de « Think ». Malheureusement, aucun des quelques albums sortis depuis n’a apporté quoi que ce soit au crédit de Aretha Franklin…
Malgré cela, elle reste l’un des éléments essentiels et universellement reconnus au patrimoine musical américain. On l’a vue chanter lors de l’investiture de Bill Clinton en 93, elle chante la chanson de Donny Hathaway « Someday We’ll All Be Free » pour le générique du film de Spike Lee « Malcolm X » et interprète « Respect » dans le film « Blues Brothers 2000 », sa voix a été officiellement déclarée «Ressource naturelle de l’Etat du Michigan » (non, ce n’est pas un gag !), elle est la première femme à être admise, en 87, au Rock’n’Roll Hall of Fame de Cleveland, elle reçoit en 91 le Grammy Legend Award, puis en 94 le Grammy Lifetime Achievement Award…
L’une des choses que ses détracteurs reprochent à Aretha Franklin est la diversité de ses choix musicaux. Les chansons vont du Gospel au rock, du Blues à la Pop, et cela semble bien tout simplement refléter la diversité de ses goûts. Elle admet d’ailleurs volontiers dans ses interviews qu’elle ne se sent pas liée à un style particulier… Et à côté de ce que l’on peut toujours considérer comme des « erreurs » passagères, particulièrement dans ses récentes productions, il reste des dizaines de chansons sublimes, dont certaines, en plus d’avoir été récompensées par 15 Grammy Awards et 12 premières places dans les charts, sont véritablement devenues des pièces maîtresses du répertoire Soul.
On ne peut évidemment pas conclure cette courte biographie sans évoquer deux autres filles du Révérend Franklin, Erma et Carolyn, qui n’ont malheureusement pas fait la carrière qu’elles méritaient. Elles ont joué un rôle d’une grande importance (et souvent très sous-estimé) dans la carrière d’Aretha. En plus avoir été ses brillantes choristes durant plusieurs années, elles ont très fréquemment participé aux arrangements et aux compositions. Mais leur talent n’a cependant pas suffi à les sortir de l’ombre imposante de leur sœur.
Erma Vernice Franklin (née en 1939 à Shelby, Mississippi), a bien évidemment elle aussi commencé son apprentissage au sein du chœur Gospel de la New Bethel Church de Detroit (le ministère de son père), puis dans un éphémère groupe vocal, The Cleo-Patretts, avec lequel elle enregistre son premier disque. Elle accompagne aussi souvent son père en tournée, et est contactée à la fin des 50’s par Berry Gordy qui lui propose d’enregistrer plusieurs chansons sur ce qui allait devenir le label Motown. Cela ne se fera finalement pas, car le Révérend Franklin préfère alors qu’elle continue ses études. Il faudra attendre 1961 pour qu’elle enregistre plusieurs titres chez Epic, qui ne rencontreront qu’un maigre succès. Elle devient ensuite durant 5 ans la chanteuse de l’orchestre de Lloyd Price. Lorsque sa jeune sœur Aretha signe chez Atlantic, Erna participe fréquemment aux chœurs sur ses albums et sur scène. Parallèlement à cela, elle poursuit sa carrière solo, et, en 1967, se taille enfin un beau succès avec « Piece Of My Heart » (qui deviendra peu de temps après une pièce maîtresse du répertoire de Janis Joplin). Alors qu’elle envisage de profiter de ce succès en enregistrant un album, le directeur de sa maison de disque décède brutalement. L’album ne se fera jamais, et Erna doit même prendre un emploi d ans une compagnie informatique pour subsister. Après s’être finalement retirée de la scène à la fin des années 70, elle travaille pour une association caritative de Detroit, jusqu'à ce qu’elle soit terrassée par un cancer de la gorge, le 7 septembre 2002.
Carolyn (née le 13 Mai 1944 à Memphis), la benjamine des 3 sœurs, est aussi la moins connue du grand public, malgré un immense talent de composition dont elle a souvent fait bénéficier ses sœurs (« Baby, Baby, Baby », « Ain’t No Way » pour Aretha, « Each Night I Cry » et « Don’t Wait Too Long » pour Erna…). Elle n’a obtenu qu’un seul petit succès avec « It’s True I Gonna Miss You » en 69. Carolyn Franklin est décédée d’un cancer le 25 Avril 1988 à Bloomfield Hills, Michigan.















Commentaires